The Man in The High Castle : un roman, une série.

A l’occasion de la série The Man in The High Castle produite par Amazon, j’ai voulu me plonger dans l’oeuvre littéraire originelle. Commencée après le visionnage de la saison 1, la lecture n’en a été que plus critique, comparant sans cesse les deux œuvres. Cet article abordera plusieurs points intéressants que le livre et le roman mettent en relief.

  • Une narration différente

Si la force de la série Amazon se trouve dans les rencontres fortuites, inattendues, angoissantes, le roman choisit lui de ne jamais se faire croiser ses personnages. Ainsi Juliana reste avec Joe tout au long de l’histoire sans jamais croiser M. Tagomi et Frank. Ce curieux choix de la part de Philip K. Dick permet de mettre tous les personnages à égalité. Ainsi, chacun trouve sa voie dans ce monde dictatorial et dangereux dont la part uchronique effraie les lecteurs tant ces sujets sont encore d’actualité.

Au contraire, la série propose un schéma en duo. Chacun des personnages est confronté, à un moment ou à un autre, à un second personnage. Par exemple, lorsque Juliana n’est pas avec Frank, elle est avec Joe. Loin de ces deux hommes, elle rend visite à M. Tagomi puis continue sa route auprès de l’Obergruppenführer John Smith. Ce choix de narration montre à quel point l’histoire de Juliana est fragmentée contrairement au roman où celle-ci ne poursuivait qu’un but. Là où la série fait, selon moi, une erreur c’est justement dans ce choix de mettre Juliana au centre alors que l’intrigue de Frank, de M. Tagomi et de John convoque des questions plus profondes et plus humaines.

  • Des personnages en pagaille

Les personnages de la série sont à milles lieues de ceux du roman. Leur comportement, leur physique, leur destin sont totalement différents. Seule leur activité principale reste identique : Juliana exerce un art martial, Frank fabrique des objets d’art contemporain, Joe est membre du SD, M. Tagomi travaille pour le ministère du commerce. La série garde donc l’essentiel des personnages mais en ajoute aussi. John Smith, éminent membre du SD, n’est pas présent dans le livre. La série s’éloigne donc néanmoins de sa filiation littéraire pour proposer un angle nouveau, une intrigue inédite qui est centrale et qui propose une vision différente de l’ennemi, pas si abominable que ce que le livre (et nos cours d’histoire) nous laisse penser. John Smith est la figure même de la dualité humaine et un personnage important de l’oeuvre audiovisuelle.

  • Mondes parallèles

Le point le plus divergent des deux œuvres est sans aucun doute la façon de traiter la dimension science-fictionnelle : les mondes parallèles. Si un même objet permet à M. Tagomi de s’ouvrir à un monde nouveau, la place faite à ce voyage interdimensionnel diffère d’une oeuvre à l’autre. Dans le roman, quelques pages expliquent ce passage d’un monde à un autre pour ne plus jamais revenir au sujet. Au contraire, dans la série, ce thème intervient dès la fin de la saison 1 et ponctue plusieurs épisodes de la saison 2. Une différence notable qui semble intéressante selon la conclusion-question (en fin d’article) que j’en tire.

  • Le Poids de la sauterelle : films ou livres ?

Dans le roman, le Poids de la sauterelle était un livre. Dans la série, le Poids de la sauterelle est une suite de films. Ce changement de médium est, de premier abord, pratique. En effet, comment retranscrire un livre à l’écran ? Montrer ses pages, ajouter une voix off lisant des passages… Cela n’est pas difficile mais a un impact différent sur le spectateur. L’image, elle, est plus brute, plus attrayante, plus engageante. La série confronte donc ses personnages à des images tout comme nous. Dans le roman de Philip K. Dick, nous lisions un roman dans un roman. Dans la série, nous voyons des films dans un film. Choix audacieux si tant est qu’il ne soit pas que pratique mais aussi narratif. J’aime à croire que les films montrés dans la série ne sont pas que destinés aux personnages mais aussi aux spectateurs, comme une mise en garde contre les images voyeuristes que les guerres actuelles font circuler. Voir la mort en face interpelle à l’image d’un personnage (dont je tairais le nom) confronté à sa propre exécution.


Finalement, la série est complémentaire au roman notamment dans son traitement plus profond des univers parallèles. Elle déploie pléthore de personnages inexistants dans le roman tout en reprenant l’essentiel de l’histoire. Alors : la série, univers parallèle du roman ?


A noter que l’édition J’ai lu du roman propose les deux premiers chapitres d’une suite du Maître du Haut Château écrite par Philip K. Dick et jamais achevée. 

 

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